La laïcité au quotidien dans la vie du citoyen. - Discours de Pascal-Eric Lalmy.

Publié le par Fédération du Loiret

 

Pascal-Eric Lalmy

Vice-président de l’observatoire international de la laïcité

Secrétaire national du PRG à la laïcité

Orléans, le 15 décembre 2012.

 

La laïcité au quotidien


Permettez-moi d’abord de remercier la Laboratoire Loiret de la laïcité qui m’a invité à venir m’exprimer devant vous. C’est évidemment une émotion particulière pour moi de venir discourir sur la laïcité dans la ville de Jean Zay, illustre ministre radical de l’éducation nationale au moment du Front Populaire.


Il y a une quinzaine d’années parler de la laïcité avait quelque chose de suranné, c’était un peu « has been ». Le gouvernement Jospin, pourtant de gauche, n’a-t-il pas, en 2002, créé une instance de dialogue entre l’Eglise de France et le gouvernement ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas toujours de la droite qu’arrivent les attaques contre la laïcité. Il est d’ailleurs réducteur de penser que la laïcité serait de gauche par nature, je préfère dire que c’est un principe progressiste et d’égalité. Si, en quelques années, celle-ci s’est retrouvée invoquée à tout propos, une clarification s’impose. En particulier pour le sujet que vous m’avez proposé de développer aujourd’hui, la laïcité « au quotidien », la laïcité dans la « vie du citoyen ».

 

C’est un passage obligé, permettez-moi d’abord, sans m’étendre de trop, de rappeler ce qu’est la laïcité, vous avez sans doute tous une idée assez précise de l’objet de notre conférence aujourd’hui, mais pour la clarté de la démonstration je préfère préciser ma pensée.

 

La laïcité est d’abord un principe juridique fondé sur la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, dont nous venons de célébrer le 107e anniversaire. Elle est inscrite dans notre Constitution depuis 1946 et la loi de 2004 sur l’application du principe de laïcité à l’école a montré qu’elle restait à la fois un principe moderne et un principe de pacification de l’espace public, contrairement à ce que certains voulaient nous faire à croire à ce moment-là. Elle permet une organisation de l’espace public qui regroupe l’ensemble des citoyens (le laos en grec).  Il s'agit en effet de réaliser, par la neutralité des institutions publique, l'unité du peuple au-delà des différences de croyances.


Cette séparation a pour conséquence:

 - la garantie apportée par l'Etat à la liberté de conscience et le droit de d'exprimer ses convictions (droit de croire ou de ne pas croire, de changer de religion, d'assister ou pas aux cérémonies religieuses).


Elle a aussi pour conséquence :

-  la neutralité de l'État en matière religieuse. Aucune religion n'est privilégiée; il n'y a pas de hiérarchie entre les croyances ou entre croyance et non-croyance.


La laïcité est ensuite un principe philosophique qui trouve ses origines chez John Locke dans l’idée de tolérance et dans la philosophie des Lumières, elle s’est forgée dans la Révolution française et dans le bouillonnement intellectuel résultant des transformations économiques et sociales du XIXe siècle. On notera que la laïcité aujourd’hui n’est pas antireligieuse comme le fut à un moment sous la Révolution française, contrairement à une contre-vérité colportée depuis. Elle a certes des racines anti-cléricales, mais elle ne l’est plus au sens du combisme. Elle n’interdit pas formellement au pouvoir religieux de s’exprimer sur toutes les questions qui se posent à la société, mais elle est anticléricale dans le sens où ce pouvoir religieux ne saurait interférer dans la décision politique sans contrevenir à la loi de séparation.

 

Enfin, c’est un mode de vie, c’est une pratique quotidienne, fondée sur l’esprit de tolérance et sur le respect d’autrui dans ce qu’il a de différent, bien entendu, mais surtout sur ce qui nous réunit, sur la part d’Humanité que nous avons en partage. C’est ce qui fait de la laïcité un principe universel, c’est ce qui en fait un principe Humaniste d’égalité et de démocratie.

 

Je vais tenter de développer, pour vous ce dernier point, puisque c’est le thème de notre rendez-vous d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs sans doute celui qui est le plus d’actualité et le plus intéressant en ce moment. J’ai retenu l’option de partir de quelques exemples et situations concrètes pour tenter d’illustrer ce qu’est une pratique quotidienne de la laïcité – je n’ai évidemment pas l’ambition de l’exhaustivité mais la discussion que nous aurons ensuite complètera utilement mon propos – donc des exemples concrets plutôt qu’un grand et beau discours théorique comme on a peut-être un peu trop l’habitude de le faire dans nos doctes assemblées. Je pense, en effet, que sur ce sujet le cas particulier, parfois l’anecdote, éclaire mieux le cas général que le raisonnement de l’intellectuel de salon.

 

Je voudrais saisir l’occasion que vous me donnez de m’exprimer aujourd’hui pour montrer que si nombreux sont ceux qui considèrent que la laïcité se limite à la question scolaire, elle se situe – en réalité - au cœur de la vie quotidienne de chaque citoyen de notre pays. Je vais d’abord évoquer les confusions qui mènent parfois à des accommodements funestes. Ceux-ci se traduisent maintenant par des interférences de plus en plus nombreuses du religieux dans le politique ce qui pose à la fois la question d’une éthique laïque et de la question à nouveau sensible du blasphème. Vous me permettrez de conclure mon propos par quelques observations sur le projet d’observatoire national de la laïcité annoncé le 9 décembre dernier par le Président de la République.


1.    1 - Les confusions


Des confusions sont commises sur la laïcité par une partie de la classe politique. La plus terrible et sans doute la plus dangereuse, en particulier à droite et à l’extrême-droite, est celle qui consiste à considérer que la laïcité serait un rempart contre le musulman envahissant la France.


- Pains au chocolat de Copé : la polémique lancée par le président élu de l’UMP sur les vols de pains au chocolat montre que la barrière étanche entre droite « républicaine » et extrême droite n’existe plus et que la jonction UMP/FN est faite.


 

Marine Le Pen ne parle de laïcité que lorsqu'elle rencontre un musulman. Bizarrement, l'intégrisme catholique ne lui pose pas de problème. Il s'agit là d'une instrumentalisation de la laïcité au profit d'idées rétrogrades qui ne font pas partie du corpus républicain minimum. Le plus dangereux c’est que cette manipulation conduit parfois certains responsables de gauche à remettre en cause la laïcité en réaction à cette confusion. Au final cette confusion est doublement néfaste car à droite comme à gauche elle conduit à renforcer le communautarisme au lieu de le combattre. Les attaques de la droite et de l’extrême-droite contre les musulmans en particulier, ou les étrangers en général, au nom de la laïcité les découragent d’essayer de s’intégrer et installent à la fois un replis communautaire et une défiance face à la République qui s’accompagnent  semble-t-il d’une pratique de plus en plus importante chez les musulmans. Au final, je pense comme Jean Baubérot – même si je ne partage pas toutes ses analyses – que l’islam « est un miroir grossissant et non élément déterminant des problèmes rencontrés aujourd’hui par la laïcité ».


Plus grave, les discussions sur la place de l’islam et les exigences/revendications de certains pratiquants de cette religion conduisent certains militants, voire des élus, de gauche à promouvoir des politiques communautaristes comme on le voit à Sarcelles ou à Argenteuil dans le Val d’Oise. Or si la République n’est pas l’ennemi des communautés quand il s’agit pour les individus de se regrouper par affinité pour faire face aux difficultés de la vie et tisser des liens de solidarité, c’est d’ailleurs la IIIe République qui a encadré la liberté d’association avec la loi de 1901 et nous connaissons tous des associations bretonnes ou auvergnates, des clubs sportifs portugais ou italiens, des associations culturelles berbères ou vietnamiennes, etc. qui font un travail formidable. Toutes ces associations sont à la fois des espaces de solidarité, de socialisation, mais aussi d’intégration.


Par contre, la République n’accepte pas le communautarisme quand l’appartenance à une communauté est une assignation à résidence ! Elle n’accepte pas que des structures communautaires se voient reconnaître des droits particuliers. C’est la raison pour laquelle nous devons être toujours vigilants face aux amalgames et aux confusions à droite et à gauche qui affaiblissent la laïcité en la détournant de sa véritable signification.

Il ne faut pas confondre, dans le combat laïque, refus de l’extrémisme religieux et peur de l’islam, il faut être vigilant à ne pas nous laisser instrumentaliser par une extrême droite qui emploie les mots de la République pour mieux les détourner de leur sens, vous connaissez tous l’adage « qui trop embrasse mal étreint » car au final les confusions conduisent parfois à des accommodements qui remettent en cause le pacte républicain.


2.       2 - Les Accommodements


Les confusions qui existent autour de la laïcité conduisent aussi certains responsables politiques, qu'ils soient de droite ou de gauche, à vouloir importer du Canada les "accommodements raisonnables". Les écologistes, en particulier, remettent souvent en cause le principe de laïcité, je crois fondamentalement que la culture politique de nos amis écologistes est avant tout une culture démocratique et qui place la liberté individuelle (tant que c’est en-dehors du champs de la protection de l’environnement) au-dessus de tout autre considération avant d’être une culture républicaine des droits et des devoirs/responsabilités.


A plusieurs reprises on a pu lire ces dernières années des tribunes de responsables écologistes très claires à cet égard. On y retrouvait, au fond, ce concept de laïcité positive/ouverte cher à Nicolas Sarkozy l’ancien président de la République. Eva Joly, Esther Benbassa ou encore Noël Mamère partisans absolu du relativisme culturel sont toujours là pour fustiger une République qui violenterait l’identité des minorités et des immigrés alors qu’en réalité le projet républicain, fidèle à la tradition d’Ernest Renan est un projet d’émancipation et d’intégration, et permettez moi d’être provocateur dans une mesure assimilationniste.

 

Les nombreuses prescriptions des différentes religions sont l’affaire des croyants, pas de la République. Celles-ci ne peuvent en aucun cas régenter la vie de tous, d’ailleurs elles sont parfois antagonistes. S'accommoder en effet d'un certain nombre de comportements, comme en particulier les prières dans la rue, les repas kasher ou hallal dans les cantines, l’objection de conscience pour les médecins ou les maires, ce n'est pas permettre une laïcité dite ouverte et tolérante, c'est au contraire, ramener la laïcité à la diversité et c'est par conséquent remettre en cause le principe même de laïcité qui est un principe juridique et philosophique qui doit se situer au dessus du culturel et du cultuel et au final atomiser la société.


Mousse au chocolat au Havre

- Exigences d’être soignée par une femme dans le hôpitaux aux urgences


Accepter le catégorisme religieux dans les cuisines des écoles publiques, encourager l'identification culturelle, née d'une spiritualité religieuse, à l'intérieur d'une société, remettre en cause la mixité de l’espace public et le principe d’égalité homme/femme – tout cela n’est pas acceptable et ne peut en aucun cas être source de concorde sociale, car chaque accommodement que vous concédez à l’un crée une légitime revendication chez l’autre et remet en cause les droits des plus faibles et trop souvent ceux des femmes.


 

Plus dangereux, dans le même état d’esprit le Conseil d’Etat a rendu plusieurs arrêts à l’été 2011 qui remettent en cause la loi de 1905, d’abord sur la question des baux emphytéotiques la haute juridiction a considéré que certaines lois permettent de déroger aux principes de 1905 et ensuite il a inventé le concept d’intérêt public local qui permet de justifier la construction d’un ascenseur ou l’achat d’un orgue car ils n’ont pas uniquement une destination cultuelle mais répondent aussi à un besoin touristique ou culturel.


3.       3 - L’Interférence du religieux dans le politique


Le Mariage pour tous, qui est au cœur de l’actualité de ce w/e avec les nombreuses manifestations qui sont organisées un peu partout illustre parfaitement la volonté des religions de revenir dans le débat politique et d’interférer avec celui-ci. On a ainsi pu entendre des hauts dignitaires catholique contester le droit du Parlement à légiférer sur certains sujets. Comme si il existait encore un droit divin supérieur aux lois de la République et à la Nation.


Par une inversion des principes de la Révolution française qui ont reconnu la souveraineté de peuple fondée sur les principes de la Déclaration de droits de l’homme et du citoyen, les dignitaires religieux catholiques, musulmans, protestants… considérant qu’il y aurait un principe politique supérieur à la Nation – vous voyez là la volonté communautaire de fragmenter celle-ci – contestent l’évolution législative que le gouvernement veut faire connaître au mariage.


C’est un débat à plusieurs détentes, et il ne faut surtout pas céder car d’une part ce sont nos principes républicains qui sont attaqués frontalement, c’est la laïcisation de l’état civil qui est remise en cause – les religions allant même jusqu’à se poser en gardienne du mariage (dont rappelons-le elles ne sont en aucune manière les initiatrices, le mariage tel que nous le pratiquons est un héritage du droit romain (comme beaucoup de choses d’ailleurs). C’est aussi la volonté manifeste de confessionnaliser l’espace public qui s’exprime dans cette démarche. Certains, maniant l’oxymore, sont allés jusqu’à dénoncer le « totalitarisme » démocratique. Permettez moi une petite pointe d’humour pour illustrer le danger qu’il y aurait à céder à ces revendications religieuses, vous avez tous entendu les évêques expliquer que le mariage pour tous était la porte ouverte à la décadence de notre société la prochaine étape étant absolument horrible puisqu’il s’agit de la polygamie ! Et bien l’UOIF a une position très proche puisque selon elle ce mariage homosexuel aurait pour conséquence une horreur de civilisation : la polyandrie…


La question du droit de mourir dans la dignité ou de la recherche sur l’embryon participent des mêmes enjeux.


Malheureusement cette interférence religieuse a des conséquences concrètes au plan local. Ainsi, Sarkozy a installé sous son mandat des « commissions départementales de la liberté religieuse » pour organiser un dialogue officiel entre l’Etat et les cultes excluant de fait les non-croyants et les cultes « non-reconnus » par cette démarche. L’objectif de ces commissions étant de faciliter « le libre exercice des cultes » en contradiction avec les principes de l’article 2 de la loi de 1905 qui interdit la « reconnaissance » et le « subventionnement » publics des cultes. Dans le prolongement de cette initiative on voit apparaître des « conseils des cultes » dans certaines communes, par exemple le député maire socialiste d’Argenteuil a fait voter au forceps – par sa seule majorité socialiste – la création d’un tel conseil et d’une journée des spiritualités… ce maire socialiste qui est à la laïcité ce qu’est la musique militaire à la musique anime en plus un groupe de travail « laïcité et cultes » au sein du groupe socialiste à l’assemblée nationale. Vous le constatez donc le travail de minage des principes républicains entamé par Sarkozy a produit ses effets et aujourd’hui même au parti socialiste le principe de laïcité est parfois menacé. On a même pu entendre le Chef de l’Etat évoquer une clause de conscience dans l’application de la loi sur le mariage homosexuel… heureusement il est rapidement revenu sur ses déclarations. Mais comme vous le voyez le beau principe de laïcité n’est pas toujours aussi fermement chevillé au corps de nos élus que nous pourrions le croire et il nous appartient d’être vigilant.


Dernier point sur ces interférences du religieux dans le politique, je voudrais attirer votre attention sur quelque chose qui est passé totalement inaperçu. Ainsi le 3 novembre dernier, à l’occasion de l’assemblée plénière des évêques de France à Lourdes, Mgr XXIII a réclamé d’une part un retour de l’enseignement religieux à l’école comme si on pouvait placer sur le même plan croyance et connaissance, et d’autre part il s’est ému de ne pas avoir encore été consulté sur la mise en place de la morale laïque à l’école – qui rappelons-le est une école laïque et publique.


4.       4 - Peut-il y avoir une éthique laïque ? et donc peut-on enseigner une morale laïque ?


Une éthique laïque n’est pas autre chose qu’une confiance en l’homme fondée sur les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui repose sur les principes de tolérance mutuelle et de respect de l’autre. La considération pour tous, émanant du lien d’ « humanité » et du respect de la dignité humaine, demeure la condition essentielle d’un idéal de fraternité universelle partagé et vécu de manière universelle. C’est bien sur les fondations d’une éthique laïque que repose notre refus impératif du racisme, de la xénophobie et des discriminations sous toutes leurs formes. Dérives délétères qui sont par contre au coeur du communautarisme ethnico-religieux. Nous sommes bien placé en France, avec les guerres de religions qui ont ensanglanté notre pays pour savoir que le religieux si il a une ambition universelle, ce n’est pas une ambition émancipatrice mais bien une ambition de contrôle et d’imposition de ses idées et d’une uniformisation de la croyance.


L’éthique laïque reste donc indissociable du principe majeur d’égalité qui se décline fondamentalement en :


-égalité de droits : droit au minimum vital (possibilité pour tous de manger à sa faim), droit à l’instruction, droit à la santé, droit au logement qui avec bien d’autres droits élémentaires, confèrent à chacun l’assurance d’un droit à une dignité humaine décente.


C’est aussi:


-l’ égalité de chances : fondée essentiellement sur la compétence des individus ; à cet égard, la discrimination positive que certains voudraient établir voire imposer ne sert, au bout du compte, qu’à amplifier les dérives du communautarisme.

La laïcité on le voit donc est un principe tout à fait concret qui permet d’organiser la solidarité nationale, car nous nous reconnaissons comme des égaux – et à ce propos il n’y a qu’à voir les initiatives des groupuscules d’extrême droite qui organisent des soupes populaires au cochon ou des apéro pinard/saucisson pour se convaincre que sans laïcité nous fragmentons l’espace public et nous remettons en cause la solidarité et l’égalité.


Je suis donc convaincu que l’on peut bâtir une morale laïque fondée sur une éthique laïque et républicaine. Nous n’échapperons pas évidemment à notre histoire et à notre culture judéo-chrétienne dans la définition du bien et du mal, mais je pense que nous pouvons réaffirmer ce qui fait notre identité républicaine et les valeurs que nous avons en partage par ce nouvel enseignement, pour peu qu’il soit bien maîtrisé par les professeurs et réellement enseigné.


5.       5 - Question du blasphème


Evidemment la question de la morale me conduit à un autre sujet qui mêle à la fois interférence du religieux avec le politique et « morale » c’est la question du blasphème. Les philosophes de Lumières nous ont libéré des diktats des croyances religieuses, et j’organise dans ma commune régulièrement une petite manifestation en mémoire du chevalier de La Barre pour rappeler ce que nous devons à la philosophie des Lumières au combat de la Raison contre les croyances, les mythes et les superstitions.


La faiblesse fondamentale des croyances religieuse c’est évidemment qu’elles ne sont fondés que sur la croyance, « heureux ceux qui croiront sans avoir vu », dans un monde rationnel ou la pratique religieuse a reculé elles n’ont que l’argument d’autorité pour défendre leurs options, et celui-ci prend la forme du délit de blasphème.

Je crois sur cette question, que même si celles et ceux qui caricaturent, insultent ou moquent les religions ne sont pas toujours d’une intelligence et d’une finesse aussi lumineuse que les philosophes des Lumières, nous devons en tout lieu combattre l’idée que le blasphème devrait être condamné par les tribunaux, ce serait une atteinte gravissime à la liberté de conscience et à la liberté d’expression. Qu’il s’agisse des manifestations contre des pièces de théâtres ou des protestations contre les caricatures de Charlie Hebdo, le religieux ne peut pas exiger d’échapper à la critique, à l’humour ou au débat public. De ce point de vue je crois que le procès intenté au pianiste turc Fazil Say est édifiant, cet athée militant est poursuivi dans son pays pour avoir publié des propos "insultant les valeurs religieuses" sur Twitter. En avril, il avait ainsi moqué un appel à la prière. "Le muezzin a terminé son appel en 22 secondes. Prestissimo con fuoco !!! Quelle est l'urgence ? Un rendez-vous amoureux ? Un repas au raki ? ", Il avait également eu l'audace de retweeter des vers du poète persan Omar Khayyam, philosophe et épicurien : "Vous dites que des rivières de vin coulent au paradis. Le paradis est-il une taverne pour vous ? Vous dites que deux vierges y attendent chaque croyant. Le paradis est-il un bordel pour vous ?" au final ce grand artiste international est poursuivi pour délit de blasphème pour avoir déclaré publiquement son athéisme et avoir moqué les tartuffes de l’islam.


6.      6 - A quoi peut servir un observatoire national de la laïcité ?


Permettez moi pour conclure d’évoquer le projet d’observatoire national de la laïcité annoncé par le Chef de l’Etat le 9 décembre dernier. L’idée de cet observatoire date de 2007, Jacques Chirac juste avant la fin de son mandat avait créé un tel observatoire par décret, mais Sarkozy et Fillon ne l’ont jamais installé. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Jean-Michel Quillardet a créé l’Observatoire international de la laïcité contre les dérives communautaires sous la forme d’une association loi de 1901. Les Radicaux de gauche réclamaient aussi la création d’un tel observatoire. Celui-ci doit pour nous préparer l’inscription de l’article 1 et de l’article 2 de la loi de 1905 dans la Constitution, le président de la République a pour sa part annoncé que la première mission qu’il confiera à cet observatoire c’est une réflexion sur la morale laïque.


Comme vous l’avez constaté il faut aussi être vigilant sur le respect du principe de laïcité au quotidien, et je pense que ce sera aussi une mission essentielle de cet observatoire.

 


Je vais maintenant vous laisser la parole en espérant ne pas avoir été trop long.

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